Du fleuve Zambèze aux fracassantes chutes Victoria

Chutes VictoriaLe Zambèze, ou comment l’espace d’un instant on se retrouve voguant tranquillement sur ce fleuve, profitant du calme tout relatif des flots avant d’aboutir aux impressionnantes chutes Victoria. C’est un doux euphémisme que de dire que ce fleuve invite au voyage, tant celui ci évoque irrévocablement cette Afrique fantasmée faite de savanes et de félins.

Faisant partie des fleuves principaux d’Afrique, aux côtés du Niger et autre Nil, le Zambèze est un fleuve qui joue lui même les aventuriers, partant de la Zambie pour ensuite passer en Angola avant de faire un petit crochet par le Zimbabwe et d’enfin terminer son périple fluvial au Mozambique en se jetant ensuite dans l’océan Indien. Long de 2700 km, ce monstre aquatique prend sa source de manière plutôt modeste, entre les racines d’un arbre. Difficile à croire quand on connaît l’imposante taille de l’étendue d’eau ! Ce n’est que plus tard que le fleuve gagne en intensité, nourri par de nombreux affluents

Ce fleuve doit sa découverte, par les occidentaux s’entend, à David Livingstone. missionnaire d’origine écossaise, qui était sans doute loin de se douter que sa mission allait l’amener à découvrir de tel merveilles. On ne peut résolument pas dire si Livingstone su convertir ou pas un nombre important de locaux mais ce qui est sûr c’est que sa contribution à la géographie de cette partie de l’Afrique fut loin d’être anodine. Non content de naviguer sur le Zambèze, il eut l’immense chance de tomber sur le point d’orgue du fleuve, les chutes Victoria.

Les Kolokos, un peuple des environs, évoquait un endroit qu’ils désignaient comme étant Mosi-oa-Tunya, qu’on peut traduire comme étant la « fumé qui tonne ». Intrigué, Livingstone décide d’aller voir de lui même de quoi il en retourne et découvre en ce jour de l’année 1855 les fameuses chutes de Victoria. Proprement soufflé par le spectacle, le missionnaire hébété ira jusqu’à qualifier les lieux d’endroit « où les anges ont du poser leur regard pendant leur vol». En bon citoyen de sa majesté, Livingstone n’oubliera pas son devoir envers sa patrie et baptisera les chutes « Victoria » en l’honneur de sa reine. L’histoire n’aura cependant pas oublié le nom de cet intrépide aventurier et Livingstone est devenu aussi le nom de la capitale de la Zambie, jusqu’à 1935 du moins avant que Lusaka ne prenne sa place.

Carte du fleuve ZambèzeLes chutes ne sont pas les plus hautes du monde, 108 mètres, mais bel et bien les plus larges : 1700 mètres. Si l’envie vous prenait d’aller faire trempette, vous saurez à quoi vous en tenir et si ce désir de sensations fortes se fait cependant trop sentir, sachez que vous pourrez toujours vous adonner au saut à l’élastique sur le pont Victoria, construction datant de 1905 servant de passage ferroviaire entre la Zambie et le Zimbabwe.

Le fleuve ne connaît pas une activité humaine démesurée. Il fait néanmoins partie intégrante de la vie de certains habitants vivants aux abords et est même au cœur d’une cérémonie assez particulière qui régit le peuple des Lozi. Ces derniers attendent les derniers jours de la saison des pluies pour fêter le Kuomboka. Cette cérémonie, qu’on pourrait appeler « le retour du roi », nous dépeint le déplacement du monarque qui rejoint son palais d’hiver. A personnalité importante déplacement conséquent, c’est en effet une gigantesque pirogue qu’utilise son altesse, nécessitant un bon nombre de rameurs. L’arrivé du roi et de sa suite culmine ensuite dans une fête qui durera pendant trois jours.

Il va sans dire que le fleuve possède en son sein un certain nombre d’animaux qui ne nous sont pas inconnus. On retrouve ainsi ce sympathique reptile qu’est le crocodile aux côtes des inusables hippopotames et autres buffles. Les eaux mêmes du Zambèze ne sont pas moins fertiles et le fleuve est gorgé de poissons en tout genre. On y retrouve notamment des espèces de la famille des cichlidés, poissons multicolores qui sont une denrée fortement appréciée dans cette partie du monde.

Bien entendu le tableau ne pouvait pas qu’être idyllique et certain se sont vite aperçu du potentiel du fleuve. De nombreux barrages électriques ont vu le jour, dont celui de Kariba. Celui ci fut lors de son achèvement en 1960 le plus grand jamais créé mais sa construction ne fut pas au goût de tous. Non seulement les écologistes voyaient d’un mauvais œil la mise en place du barrage mais en plus, le peuple Batonga qui vivaient pas loin à du être déplacé vers d’autres terres pour laisser place au plus grand lac artificiel du monde, 200 km de long pour 40 km de large.

Heureusement des actions furent mise en œuvre pour préserver au mieux l’écosystème, comme l’opération Noah qui permit la sauvetage de bon nombre d’espèces animales. On introduisit également une petite sardine, le Kapenta qui aujourd’hui fait vivre de nombreuses familles de pêcheurs. Quand à la migration forcée des anciens habitants, la compagnie responsable du barrage mit en place un fond de soutien pour la construction d’écoles notamment, histoire de se racheter un tant soit peu des inconvénients causés ! Un autre projet de barrage a failli voir le jour mais le projet fut tué dans l’oeuf.

Quoi qu’il en soit, le Zambèze est sans conteste l’un des plus célèbres au monde et les touristes se pressent de toute part chaque année pour goûter aux joies de ce décor d’aventurier. Ne serait-ce que pour voir la majesté des chutes Victoria, un petit voyage dans ce coin d’Afrique s’impose de lui-même !

David VEERASAWMY