Pérou : plein feu sur les Incas

Citadelle de Machu Picchu

Peuple dont le nom évoque un lointain passé, les Incas fascinent autant qu’ils intriguent. Leur domination fut relativement courte mais l’intérêt généré est quand à lui bien parti pour perdurer.

Avant d’être un gigantesque empire, les Incas formaient une petite tribu localisée dans la région de Cuzco, leur futur fief. Mis à part cette dernière, la citadelle de Machu Picchu fut l’un des endroits phares de leur civilisation. Longtemps considérée comme étant le lieu ou les Incas firent leur baroud d’honneur face aux espagnols, la cité fut découverte en 1911 par un universitaire américain, Hiram Bingham, alors que celui ci cherchait la légendaire Vilcabamba. Impressionnant de par son emplacement et sa superbe architecture, cette merveille du monde constitue l’un des lieux les plus représentatifs de cette civilisation disparue.

A partir de l’an 1300, la peuplade va s’étendre avant de devenir l’empire qu’on connaît aux alentours du 15eme siècle. Loin de privilégier la conquête pure et dure, les Incas passaient avant tout par la négociation et d’éventuelles alliances politiques, déterrant la hache de guerre qu’en cas d’ultime recours. Il n’empêche que leur hégémonie s’étendit sur près de 4000km, traversant le Pérou mais aussi l’Argentine et la Bolivie, entre autres contrés. Il suffira cependant d’une poignée d’hommes menés par le conquistador Francisco Pizarro pour semer le chaos lors de leur débarquement en 1532.

Déjà bien secoué après épidémies et autre guerre civile, les espagnols en profitèrent pour utiliser les superstitions des Incas pour accélérer leur chute. Ces derniers avaient en effet prédit la venue d’envoyés divins qu’ils reconnurent pour leur plus grand malheur en leurs envahisseurs.

Le culte religieux occupait une place des plus importantes chez les Incas, avec une dévotion particulière pour le Dieu du Soleil, appelé chez eux Inti. Sa place était telle que même chez les hautes instances Incas on retrouvait ainsi son représentant.

La vie chez les Incas s’appuyait sur une hiérarchie très stricte ou un roi trônait au sommet de la pyramide. Fils du soleil en parallèle de son statut de monarque, celui-ci se faisait appeler le Sapa Inca, ou Inca Unique. Malgré son affiliation au Dieu du soleil, le roi n’avait pas le rôle de prêtre mais pouvait cependant prendre part à certaines cérémonies religieuses. Histoire de donner un cachet plus « réaliste » à son statut de représentant de Dieu Solaire, on l’affublait par exemple d’un masque doré lors de sa mort, rappelant en quelque sorte son essence divine. Pour ne pas se sentir trop seul, sa femme était aussi enterrée à ses côtés, plus souvent vive que morte.

Un peu plus bas dans l’échelle se trouvait la noblesse, généralement constituée des descendants et de la famille du roi en personne. Occupant les plus hautes fonctions au niveau administratif, militaire ou religieux, il n’était pas rare cependant de voir des nobles des autres tribus ayant été « annexées » par les Incas prendre part de manière active à la gestion de la communauté.

A l’autre bout du spectre se trouvait le peuple lui-même, généralement paysan ou artisan. Ainsi le paysan travaillait la petite parcelle de terre qu’on lui avait attribuée mais en échange il devait fournir à son monarque une taxe sur ses revenues. L’artisan quand à lui travaillait l’or, le bronze et l’argent. On retrouvait aussi parmi le peuple des maçons dont l’adresse était telle que les blocs qu’ils taillaient pour la construction n’avaient même pas besoin de ciment pour tenir ! Aujourd’hui encore on reste bouche bée devant la précision quasi parfaite de ces travaux qui auront résisté bien plus longtemps que la civilisation elle-même !

Les Incas étaient particulièrement friands de statistiques pourtant difficiles à calculer pour un peuple qui comptaient alors de 5 à 15 millions d’individus. Impossible de dire combien ils étaient réellement, leur dénombrement ne nous étant pas parvenus. Par contre, ils ne savaient pas écrire et avaient dès lors conçu un ingénieux système de nœuds, le Quipu, pour répertorier divers informations. On retrouve ce même sens de l’ingéniosité dans le domaine de l’agriculture. Jouant ainsi sur le relief tortueux des lieux, les Incas conçurent des plantations en terrasses, donnant l’impression d’un gigantesque escalier à flanc de montagne où pommes de terre, manioc et autres patates douces poussaient à foison à la plus grande joie des habitants du coin !

Il est fascinant de voir à quel point cette civilisation à su s’imposer de façon aussi spectaculaire avant de sombrer à une vitesse qui l’est tout autant. D’une modernité et d’une intelligence peu commune, les Incas auront marqué l’histoire de l’humanité de manière indélébile et désormais seules les ruines nous rappellent l’ampleur de ce qui fut la plus grande civilisation qu’ait connue l’Amérique du Sud.

Photo : © jacek_kadaj – Fotolia.com

David VEERASAWMY